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Le GRIMM avec les marins pompiers de Marseille en 2008

Bel exemple de coopératoin internationale

Médecins valaisans du GRIMM, marins pompiers de Marseille et SNSM se sont exercés ensemble cet été dans la calanque d’En-Vau. Reportage

Les médecins suisses tout-terrain du GRIMM

Pour nous, sauveteurs valaisans, garder un esprit d’ouverture est primordial et sortir de notre vallée pour aller à la rencontre de nos voisins est une priorité.

Nous participons régulièrement au DIUMUM ou à des colloques de médecine de montagne organisés en France ou au Québec. Ces échanges nous permettent de nous confronter à d ‘autres méthodes, à d’autres points de vue. Ils nous incitent à toujours progresser et aller de l’avant! C’est d’ailleurs lors de ces échanges que se sont tissés les liens d’amitié avec Lionel et Sandra, deux médecins du BMPM (Bataillon des Marins Pompiers de Marseille) grâce à qui un échange fructueux a pu se concrétiser !

L’exercice que nous avons organisé avec le BMPM cet été s’inscrit dans une même philosophie...Nous étions très curieux de découvrir les spécificités des secours de la région marseillaise, la gestion des incendies, des sauvetages en mer et la régulation des appels de détresse maritime….

C’est donc à l’occasion de notre traditionnel cours médico-technique d’été que nous avons décidé de faire le voyage de Marseille: nous sommes restés 4 jours dans les calanques dont une journée consacrée à un exercice en collaboration avec nos homologues français. Et croyez-nous : « C’était de la dynamite… »

Les pompiers de l’extrême

Dans l’arsenal des moyens de sécurité, les SOS Grimp ont sans doute une place à part. Leur modestie devrait-elle en souffrir, ils sont un peu les pompiers de l’impossible. Il suffit de lire la définition des missions des sections opérationnelles spécialisées d’un Groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux pour s’en convaincre.

« La SOS Grimp, nous disent les textes, permet d’intervenir en matière de reconnaissance et de sauvetage dans les milieux naturels et artificiels où les moyens traditionnels de secours se révèlent inadaptés, insuffisants ou dont l’emploi s’avère dangereux en raison de la profondeur et des risques liés à l’acheminement ».

Le 3 septembre dernier, devant la bibliothèque municipale de Belfort, un homme passe à travers une grille de protection et fait une chute de sept mètres dans un sous terrain. Ce sont les hommes du Grimp de Belfort qui sont allés le sortir d’affaire.

Trois jours plus tôt, à Plouarzec un jeune couple fait une chute de quinze mètres en escaladant une falaise pour échapper à la marée. Une cordée du Grimp du Finistère viendra leur porter secours. Des interventions de ce type, chaque SOS Grimp -il y en a un par département - en fait son quotidien. Ces pompiers tout-terrain ne chôment jamais. Pour prendre un exemple, le Grimp du BMPM effectue en moyenne 154 interventions par an, dont certaines en milieu urbain. Cet été le Grimp s’est rendu dans la calanque d’En-Vau avec ses homologues suisses pour un exercice de haute voltige.

Les sauveteurs de l’impossible

Un homme a dévissé d’une escalade sur le Doigt de Dieu dans la calanque d’En-Vau. Un autre grimpeur, perturbé et déconcentré, chute également à une centaine de mètre de là. Il faut aller les chercher et les rapatrier dans un hôpital marseillais au plus vite. C’est un exercice mener conjointement par le Bataillon de marins-pompiers de Marseille avec une vingtaine de médecins suisses du GRIMM, spécialisés dans l’intervention d’urgence en haute montagne.

Ce jour-là les nuages sont amenés par un vent d’est qui se renforce. L’alerte rouge vient d’être déclenchée. Les personnels de l’Office national des forêts patrouillent et préviennent les promeneurs. Ils doient quitter les lieux. En bas le ressac de la mer sur les trous de rochers provoque un grondement sourd, menaçant. La houle est forte.

8h30. Briefing de l’exercice par le capitainte Alain Coste. But de la manœuvre, sécuriser et médicaliser les victimes. Les transférer ensuite sur «  La Bonne Mère de Marseille », vedette de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM), «  La Bon’m » en langage des marins-pompiers. Stratégie choisie au vu de la météo capricieuse ne laissant pas les hélicoptères de la sécurité civile approcher les falaises. Sur la vitre de son véhicule il dessine les lieux et explique l’intervention. Les médecins du GRIMM et les sauveteurs du Grimp sont attentifs. Ils n’en perdent pas une miette. Dans les regards, on devine le plaisir de la grimpe mais aussi celui d’aller sauver des vies.

9hoo, l’affaire devient sérieuse. Les hommes et les femmes sont répartis en deux groupes. En partant, chacun sait ce qu’il a à faire et sa place dans le dispositif. Une file de sauveteurs harnachés de baudriers, cordes dûment enroulées, s’étire le long de la paroi rocheuse. Les mousquetons accrochés à la ceinture cliquètent au rythme du pas pesant du marcheur. De quoi vouer au slience les stridulations habituelles des cigales. Les pins déagent une odeur âcre de résine.

A pas comptés, mesurant chaque effort afin de ne pas compromettre la suite de l’opération, le groupe arrive sur les lieux du drame. Sur place, on sécurise les lieux. On installe les mains courantes, on prépare les relais, les cordes et le brancard de secours. Les gestes sont précis, mesurés. Chaque nœud est vérifié. Il faut se hâter sans précipitation pour assurer la sécurité du collègue qui est après soi dans la cordée. Ici, on devine la solidarité qui lie chaque individu. La vie de l’un dépend de l’autre. Alors, on assure. Jacques Lafaire du BMPM qui chapeaute l’opération prévient : « quand on est dans l’urgence, il n’y a plus de monsieur, madame ou de grades. Il faut aller vite pour sauver les victimes. Chacun s’appelle par son prénom ! » La rapidité et l’efficacité sont les maître mots. Va pour Jacques, Pierre, Franca, Darja, Matthieu, Sandra, Patrick, Leen, Christophe et les autres.

10h00 précise, « La Bonne mère de Marseille » pointe son nez à l’entrée de la calanque selon l’horaire prévu. Depuis trente ans, le BMPM et la SNSM sont partenaires. Le commandant de bord repère les lieux. Il maneouvre, fait des ronds dans l’eau et observe. Un zodiac est jeté à la mer avec deux hommes grenouille à bord. En liaison radio avec les sauveteurs, le commandant suit seconde par seconde l’avancement des opérations pour être prête au temps « T ».

Juste au dessus, l’équipe de pointe composée d’un médecin du Grimm et d’un guide sauveteur suisse de la maison FXB arrivent à la hauteur de la première victime et débute la médicalisation difficile de ce grimpeur polytraumatisé suspendu dans une falaise 50m au dessus de la mer. Après avoir sécurisé les lieux, ils prodiguent les mesures d’urgence selon les protocoles maintes fois répétés lors des cours précédants. Une fois stabilisé et installé dans la barquette, la périlleuse manœuvre d’évacuation de la victime sur la vedette de la SNSM peut alors débutée.

10h30, « La Bonne mère » sur laquelle les deux cordes de la tyrolienne ont été accrochées commence à reculer afin de permettre à la barquette et son sauveteur de s’écarter de la paroi et de descendre doucement en direction du zodiac qui doit les récupérer. La manœuvre et rapide, précise et se déroule sans le moindre problème. France R. , médecin-anesthésiste, responsable du DIUMUM de Grenoble, qui nous a fait le plaisir de passer nous voir, a joué pour nous la victime. Elle raconte : «  On n’a pas le beau rôle. On a les mains croisées sur le ventre et on ne peut plus bouger. On voit la corde de très près. Si le mécanisme lâche, on ne peut rien faire. On se retrouve à l’eau. » Angoissant.

10h45, la victime et le sauveteur se posent en douceur sur le zodiac. L’ensemble est ensuit hissé à bord de la vedette. Direction le port le plus proche, en l’occurrence celui de Cassis où une ambulance du BMPM les attend pour un transfert urgent vers l’hôpital.

Pendant ce temps, l’autre groupe qui s’est rendu sur les lieux du deuxième accident à quelques centaines de mètres de là, ont exercé d’autres techniques. Il s’agissait d’une victime atteinte d’un monotraumatisme à la cheville, incapable de marcher. Le scénario prévoyait une évacuation terrestre par le haut de la falaise. Les médecins et sauveteurs suisses ont ainsi pu échanger leur savoir-faire avec les marins-pompiers du BMPM. Différentes méthodes de treuils et de moufflages ont pu être révisées de même que différents moyens de portages afin de remonter la victime sur ses épaules. Tant les helvètes que nos amis français ont bénéficier de ce stage pour apprendre et se familiariser avec les techniques utilisées par les uns ou les autres.

Coopération exemplaire

Il est arrivé que dans des catastrophes des équipes étrangères soient appelées à travailler ensemble. Il y a eu des couac, notamment, parce que les méthodes d’organisation des secours ne sont pas les mêmes et surtout parce que les personnes ne se connaissent pas et n’ont jamais travaillé ensemble.

L’exercice d’En-Vau est un bel exemple de mondialisation positive. Le BMPM intervient souvent à l’étranger pour de la formation. Il reçoit également d’autres secoursites, tout comme les médecins du GRIMM d’ailleurs. Ils échangent ainsi leurs savoirs et leurs techniques en matière de secours et d’évacuation. L’organisation d’échange internationaux en matière de sauvetage est indéniablelment un pas en avant. Il fait sauter nombre de barrières, facilite les sauvetages et donc sauve des vies . Pourtant, il semble falloir aller plus loin encore. Reste à poursuivre le combat et réussir à obtenir le soutien politique afin de péréniser ce genre de collaboration.

JoomSpirit